ERVA ou FISSURES
En hébreu, le terme d’erva « décrit tour à tour l’organe génital, la nudité, l’écoulement ou la faille. En recoupant les différentes déclinaisons du terme, on comprend que cette racine à toujours en hébreu quelque chose à voir avec l’orifice, ou la fissure par laquelle peut s’écouler un liquide. Elle renvoie alternativement à un lieu secret, ou à un lieu qui sécrète. »
Et encore : « La meilleur traduction du mot « Erva » est donc à mon sens, « zone de sécrétion », lieu du passage entre l’intérieur et l’extérieur d’un tissu ou d’un corps. Le caché y devient visible. Le secret y est dévoilé et le dissimulé devient dénudé. »
Cit . D. Horvilleur « En tenue d’Eve, féminin, pudeur et judaïsme »pp.105, 106
« Depuis maintenant des années, je travaille sur les fissures.
Je peux même dire de manière un peu ironique que je suis devenu un spécialiste de la fissure.
J’ai essayé de comprendre, à posteriori, ce qui m a fait explorer ce domaine improbable.
Ce qu’il faut avoir en tête, c’est que je pratique depuis plus de 15 ans le tadelakt marocain. Le tadelakt, véritable « massage » de l’enduit-peau, de la chaux en train de redevenir calcaire, demande une attention particulière à l’émergence potentielle de fissures. On luttedonc contre des fissures à venir. Si on ne fait pas ce travail de resserrer la matière, de polir l’enduit avec le galet jusqu’au bout, elles finiront par apparaître, après coup. Elles sont donc la hantise de l’artisan car le tadelakt à la base est fait pour apporter l’étanchéité à un ouvrage.
Pendant des années, j’ai donc lutté contre des fissures qui voulaient apparaître, surgir. Des années, c’est beaucoup de temps à resserrer la matière pour éviter leur apparition. Et quand j’ai commencé mon travail d’artiste, c’est ce qui est arrivé en premier : libérer les fissures. Je me suis enfin autorisé à jouer avec. Quel régal ! C’était comme une libération et une révélation.
C’est un processus de révélation dans le sens où les fissures apparaissent après coup, progressivement. Je travaille le fond, un support auquel je donne une forme, avec des micros variations de profondeur et dans un deuxième temps j’applique une barbotine d’argile quasiment pure. Des fissures vont en sortir mais on ne peut pas prédire précisément où. A l’époque je savais surtout les faire disparaître. Au fur et à mesure, j’ai mieux compris les paramètres qui sous-tendent leur expression. L’art de la fissure. La révélation se joue dans le sens où elles apparaissent après coup. Il faut patienter quelques temps pour les voir apparaître dans leur ensemble. C’est comme une révélation photographique, le travail en labo où on voit apparaître après coup l’image (une parmi une infinité d’autres probablement) que l’on à pourtant auparavant minutieusement composé.
Qu’est ce que révèlent les fissures ? Quand j’ai commencé à creuser cette question, je me suis rendu compte que ça renvoyait à plein de chose : la fêlure, une fragilité apparente fruit de tensions contraires, une ouverture, une faille entre deux continents qui crée leur dérive, mais aussi une sorte d’image métaphore de la vulve (Cf. Delphine Horvilleur)…
Au delà de leur beauté plastique, ces tableaux sont la trace d’une libération, le fruit d’un cheminement ou le poly-sage à laissé place au jeu avec les limites et où la fragilité, au lieu d’être considérée comme un défaut, au contraire est magnifiée.
En hébreu, le terme d’erva « décrit tour à tour l’organe génital, la nudité, l’écoulement ou la faille. En recoupant les différentes déclinaisons du terme, on comprend que cette racine à toujours en hébreu quelque chose à voir avec l’orifice, ou la fissure par laquelle peut s’écouler un liquide. Elle renvoie alternativement à un lieu secret, ou à un lieu qui sécrète. »
Et encore : « La meilleur traduction du mot « Erva » est donc à mon sens, « zone de sécrétion », lieu du passage entre l’intérieur et l’extérieur d’un tissu ou d’un corps. Le caché y devient visible. Le secret y est dévoilé et le dissimulé devient dénudé. »
Cit . D. Horvilleur « En tenue d’Eve, féminin, pudeur et judaïsme »pp.105, 106
« Depuis maintenant des années, je travaille sur les fissures.
Je peux même dire de manière un peu ironique que je suis devenu un spécialiste de la fissure.
J’ai essayé de comprendre, à posteriori, ce qui m a fait explorer ce domaine improbable.
Ce qu’il faut avoir en tête, c’est que je pratique depuis plus de 15 ans le tadelakt marocain. Le tadelakt, véritable « massage » de l’enduit-peau, de la chaux en train de redevenir calcaire, demande une attention particulière à l’émergence potentielle de fissures. On luttedonc contre des fissures à venir. Si on ne fait pas ce travail de resserrer la matière, de polir l’enduit avec le galet jusqu’au bout, elles finiront par apparaître, après coup. Elles sont donc la hantise de l’artisan car le tadelakt à la base est fait pour apporter l’étanchéité à un ouvrage.
Pendant des années, j’ai donc lutté contre des fissures qui voulaient apparaître, surgir. Des années, c’est beaucoup de temps à resserrer la matière pour éviter leur apparition. Et quand j’ai commencé mon travail d’artiste, c’est ce qui est arrivé en premier : libérer les fissures. Je me suis enfin autorisé à jouer avec. Quel régal ! C’était comme une libération et une révélation.
C’est un processus de révélation dans le sens où les fissures apparaissent après coup, progressivement. Je travaille le fond, un support auquel je donne une forme, avec des micros variations de profondeur et dans un deuxième temps j’applique une barbotine d’argile quasiment pure. Des fissures vont en sortir mais on ne peut pas prédire précisément où. A l’époque je savais surtout les faire disparaître. Au fur et à mesure, j’ai mieux compris les paramètres qui sous-tendent leur expression. L’art de la fissure. La révélation se joue dans le sens où elles apparaissent après coup. Il faut patienter quelques temps pour les voir apparaître dans leur ensemble. C’est comme une révélation photographique, le travail en labo où on voit apparaître après coup l’image (une parmi une infinité d’autres probablement) que l’on à pourtant auparavant minutieusement composé.
Qu’est ce que révèlent les fissures ? Quand j’ai commencé à creuser cette question, je me suis rendu compte que ça renvoyait à plein de chose : la fêlure, une fragilité apparente fruit de tensions contraires, une ouverture, une faille entre deux continents qui crée leur dérive, mais aussi une sorte d’image métaphore de la vulve (Cf. Delphine Horvilleur)…
Au delà de leur beauté plastique, ces tableaux sont la trace d’une libération, le fruit d’un cheminement ou le poly-sage à laissé place au jeu avec les limites et où la fragilité, au lieu d’être considérée comme un défaut, au contraire est magnifiée.















